PARCOURS DU ROCHER

Repartir du kérygme 

Repartir du kérygme 

Dicastère pour la Doctrine de la Foi : repartir du kérygme en temps de crise de la transmission de la foi

Le nouveau document du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, « Venite ad Me. Considérations sur la transmission de la foi à l’aube d’une nouvelle ère », rendu public ce jeudi 22 octobre 2026, est un « appel lancé aux fidèles pour qu’ils reviennent au cœur du patrimoine de la foi chrétienne : le kérygme en est, en effet, le contenu central, qui parcourt comme un fil d’or la hiérarchie harmonieuse des ‘vérités de la doctrine catholique’ et éclaire tous les éléments du depositum fidei, en attirant vers l’expérience d’une rencontre personnelle et communautaire avec le Christ vivant. »

Le document « Venite ad Me » articule une véritable théologie du kérygme qui vient réformer en profondeur la compréhension de la catéchèse et de l’élan missionnaire de l’Église. Voici les aspects particuliers de cette articulation.

La théologie du Kérygme : le coeur et la personne

Le document ne présente pas le kérygme comme une simple formule, mais comme le contenu central et unifiant de la foi. Il le définit comme « le cœur de la foi chrétienne », qui parcourt comme « un fil d’or la hiérarchie harmonieuse des vérités de la doctrine catholique ». Cette approche situe le kérygme au fondement de toute la vie de foi.

Cette théologie du kérygme se déploie selon plusieurs axes :

  • Une rencontre personnelle, pas un discours : Le point de départ est l’invitation du Christ « Venez à moi » (Mt 11, 28), comprise comme un appel à une rencontre vitale avec Jésus, et non à une simple transmission d’idées. Le kérygme est la proclamation que « Jésus-Christ t’aime, il a donné sa vie pour te sauver, et maintenant il est vivant à tes côtés » (EG 164).
  • Le primat de la fides qua sur la fides quae : Le document précise que sa réflexion porte sur la foi vécue (fides qua), celle qui jaillit de la rencontre, avant même d’aborder la structuration doctrinale (fides quae). Cette approche ne nie pas la doctrine, mais elle la situe comme une conséquence et un approfondissement de la rencontre initiale.
  • Une expérience de lumière qui se propage : La transmission de la foi est comparée à une flamme qui en allume une autre. Le Christ est le « vrai soleil » qui éclaire l’existence, et cette lumière, par sa nature, « rayonne vers d’autres existences ». Le kérygme n’est donc pas un contenu à mémoriser, mais une expérience de lumière à partager.

Le lien avec la catéchèse : un renouveau kérygmatique

La conséquence directe de cette théologie est un appel à une « profonde rénovation kérygmatique de la catéchèse ». Le document critique une catéchèse qui serait réduite à une transmission de connaissances ou à une simple préparation aux sacrements, et propose une refondation.

  • Dépasser une pastorale centrée sur l’enfance : Le constat est sans appel. Face à une rupture de la transmission entre les générations, où des enfants sont baptisés et catéchisés mais deviennent adultes dans « une profonde indifférence religieuse », la catéchèse ne peut plus se limiter aux enfants et aux adolescents. Elle doit impérativement inclure l’évangélisation des adultes.
  • La catéchèse comme introduction à la rencontre : La catéchèse doit être repensée pour introduire au kérygme, c’est-à-dire à la rencontre personnelle avec le Christ. Elle ne doit pas être un préalable à la foi, mais le chemin par lequel on y entre.
  • Un langage qui parle au cœur : Le renouveau kérygmatique de la catéchèse exige une attention particulière au langage. Celui-ci doit être un « appel au cœur », et non un discours moralisant ou abstrait, afin de toucher réellement la liberté de la personne.

L'élan missionnaire : un changement de paradigme

La redécouverte du kérygme ne conduit pas à un repli, mais à un élan missionnaire renouvelé. Le document ne se contente pas de décrire une crise ; il propose un véritable changement de paradigme pastoral.

  • Un nouveau départ missionnaire : Il appelle à « un nouveau départ en s’engageant dans une grande période d’annonce de l’Évangile ». La mission n’est plus conçue comme la conservation d’un patrimoine, mais comme la transmission vivante d’une rencontre qui transforme.
  • Un esprit missionnaire dans les paroisses : L’élan missionnaire doit se traduire concrètement par le développement d’un « esprit missionnaire au sein des paroisses ». Les communautés locales sont appelées à devenir des lieux où l’on expérimente et où l’on annonce le kérygme.
  • Le témoignage comme moteur : Ce qui « séduit » et attire, ce n’est pas un discours, mais la rencontre avec des personnes croyantes qui, par leur vie, rendent témoignage au Christ. La transmission se fait « de personne à personne », par contact, comme une flamme s’allume à une autre.

En résumé, le document Venite ad Me propose une vision intégrée où la théologie du kérygme (la rencontre avec le Christ) fonde une catéchèse renouvelée (qui introduit à cette rencontre) et dynamise un élan missionnaire (qui témoigne de cette rencontre dans le monde).